Vie avant la mort: l’art de bien vieillir.

La vieillesse n’est pas toujours un drame sordide.

Elle peut même se transformer en l’une des périodes les plus épanouissantes et accomplies de la vie… à condition toutefois de s’y préparer un minimum.

Voici nos conseils:

  • À dix ans, observez attentivement la décrépitude progressive de vos grands-parents. Vous vous persuaderez ainsi définitivement de l’absolue pertinence des conseils qui suivent.
  • À vingt ans, faites des études utiles. Le choix reste large, quelles que soient vos capacités. Si la gériatrie reste le graal absolu, les carrières, parmi d’autres, d’ingénieur en domotique, de marbrier, de thanatopracteur (pour l’embaumement « maison » du conjoint), d’ouvrier spécialisé chez Damart ou encore de sculpteur de pommeaux de cannes, à des degrés différents, faciliteront agréablement votre fin de vie.
  • Dés trente ans, âge où l’on pense traditionnellement à devenir propriétaire si on le peut, faites le choix d’un bien immobilier adapté à l’inévitable dégénérescence programmée de votre corps. La maison idéale est un plein-pied, de petite taille, sans jardin (à moins que vous ne pensiez pouvoir vous réjouir, le grand âge venu, du spectacle quotidien d’un jardin à l’abandon, sinistre écho extérieur de votre propre déchéance intérieure) situé de préférence à équidistance proche d’un hôpital, d’un cimetière (vous serez bien content d’aller y voir votre conjoint mort sans avoir à marcher pendant des heures ou, si vous pouvez encore conduire, sans avoir à subir les désagréments des embouteillages), d’une pharmacie et d’une petite supérette (faut bien vivre aussi!).
  • À partir de quarante ans, il semble raisonnable de commencer à profiter de toutes les promotions possibles pour constituer à moindre prix une réserve conséquente de couches dites « sénior ». L’incontinence, ça n’arrive pas qu’aux autres.
  • À cinquante ans, contentez-vous de vous acheter d’urgence une rolex si vous ne voulez pas passer pour un pauvre type le reste de votre vie. Si vous êtes une femme, vérifiez ce qui entoure le poignet de votre mari, et divorcez si besoin est, tant qu’il en est encore temps.
  • À soixante ans, posez au ras du sol et dans chaque pièce (au milieu de préférence) un peu de lecture (magasines féminins ou autre, type « littérature de salle d’attente »), une bouteille d’eau d’un litre et demi et une boîte de conserve (à ouverture facile) de manière à pouvoir envisager plus sereinement l’attente des secours lorsque vous aurez chuter en vous brisant le col du fémur parce que le tapis, le chat, le fil de votre appareil à oxygène ou tout simplement votre charentaise droite se sera empêtré dans votre charentaise gauche.
  • À soixante-dix ans au plus tard, commencez à cacher régulièrement des petites sommes d’argent liquide aux quatre coins de votre maison. Cela permettra à vos héritiers, le moment venu, de transformer la traditionnelle et trop convenue veillée funèbre autour de votre dépouille en pétillante partie de chasse au trésor (joie garantie!).
  • À partir de quatre-vingts ans maximum, débarrassez-vous résolument de vos animaux de compagnie tels que chiens, chats, hamsters et même perruches ou canaris, afin de prévenir toute tentation de leur part de pallier à la pénurie de croquettes immanquablement entraînée par votre mort en dévorant partiellement ou intégralement votre cadavre qui refroidit depuis trois jours sur le carrelage de votre cuisine. Les poissons rouges restent tolérés.
  • À quatre-vingt-dix ans, et plus, lâchez prise: la preuve est faite que vous êtes increvable, jusqu’à un certain point. Votre mort imminente devient toutefois une hypothèse chaque jour un peu plus probable et vous pouvez donc, par exemple, enfin, essayer les drogues les plus addictives, sans peur du lendemain.

Plume-d'éléphant transparent

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