Une autre Histoire du Petit Prince Dark.

Là-haut dans la Montagne.

 

Une autre fois, alors qu’il avait longtemps voyagé, Petit Dark, notre héros sans ruse, en vînt à franchir un col de haute montagne. La neige existait encore à cette altitude, malgré le beau mois d’août, et l’on pouvait y croiser de fiers animaux, silhouettes noires sur le fond blanc de leur décor. Les cornes des bouquetins s’immobilisaient quelques secondes en direction de Petit Dark, puis, revenant à l’indifférence de leur nature, le laissaient passer, lui et le bruit de ses pas crissant dans la neige… Scrouitch. Scrouitch. Scrouitch. faisait le bruit des pas de Petit Dark dans la neige.

Petit Dark avançait avec détermination. Son regard portait loin maintenant et il devinait sous lui le dessin d’un chemin qui redescendait dans la vallée. La neige, sous l’effet du soleil, brillait en eau limpide qui bientôt devenait le torrent qui bondissait à ses côtés dans la descente. La neige, bientôt, disparaissait. De l’herbe verte plantée de petites fleurs multicolores constituait alors le nouveau sol, moins pentu, sur lequel il marchait. Une sorte de joie paisible l’envahissait. Houhé! Houhé! faisait la joie paisible au creux de son ventre.

Quelques vaches, paisibles elles aussi, regardaient ce petit homme dévalant la colline. Meuheumeu. faisaient les vaches. Tout allait mieux et pourtant, c’est à ce moment que la vie de Petit Dark devait s’achever.

Porté par la joie, il donna à ses jambes une plus grande vivacité jusqu’à courir à grands pas dans le sens de la descente, les bras grands ouverts pour embrasser l’air et le visage vers le haut comme pour exprimer une forme de gratitude universelle. C’est à ce moment-là que la vie de Petit Dark s’acheva.

La beauté du ciel si bleu obsédait encore ses yeux quand sous lui la pente s’accentua, qu’emporté par son propre poids soudain trop lourd, le sol lui échappa un peu plus à chaque pas, inéluctablement emporté, sans qu’il n’y puisse plus rien, presque en apesanteur, d’abord, la première jambe s’affaissant sous la seconde, le haut du corps projeté en avant et bientôt le sol, l’horrible sol, de plus en plus prés. Tous ces cailloux reçoivent d’abord l’épaule, puis, bientôt, la tête de Petit Dark qui retombe à toute vitesse sur le bord aiguisé d’un gros caillou.

C’est à ce moment-là que la vie de Petit Dark s’achève.

Chuuuuuuuuhuhut… fait la vie qui s’en va.

Rien ne sera plus désormais grave pour lui. Il a gagné en légèreté, en insouciance. La vie était un poids pour lui. Il voulait gagner l’oubli.

Les yeux fermés, quelques images défilent encore dans l’esprit agonisant de Petit Dark: on peut y voir du ciel bleu naturellement, mais aussi de belles montagnes vertes, grises et blanches, une part brillante et sombre de tarte aux myrtilles, quelques vaches, paisibles, paisibles, et soudain on entend la voix joyeuse d’une petite fille qui chante dans une chapelle un peu plus haut dans la montagne. C’est comme un cristal sonore et pure, c’est une vieille chanson d’amour, courtoise comme autrefois, qui s’insinue dans l’air et circule, chatouille et vibre, jusqu’aux oreilles, pour envahir l’intérieur d’un souffle bienfaisant. Le soleil se couche.

Chuuuuuuuuhuhut… fait le soleil qui se couche.

La chanson se termine.

C’est la fin de l’histoire du Petit Prince Dark.

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