A toi.

A toi l’esthète épicurien.
A toi qui dégustes plus que de raison.
A toi qui es en perpétuelle quête de nouvelles sensations.
A toi le gourmand déjanté.
A toi qui dévores la vie avec avidité et un plaisir jamais assouvi.
A toi, pour qui il n’est pas question de choisir entre la quantité et la qualité.
A toi qui n’es sur terre que pour en découvrir toutes les richesses.
A toi qui es prêt à mourir pour vivre de manière plus intense.
A toi, à qui je témoigne mon estime, mon admiration, pour tes qualités, ton courage de précurseur.
A toi que je veux préserver d’un avenir néfaste.

A toi l’Ulysse des sens, qui peut-être un jour croiseras des contrées éloignées dans lesquelles tu pourras combler en même temps ton goût pour la chair et pour les chairs.

Quoi de plus novateur et excitant que d’associer des sensations différentes en un même maelstrom de plaisir !
Toi, l’aventurier des saveurs, tu sais que tu ne pourras que succomber à la tentation du cannibalisme sexuel.

Il te faudra alors rechercher un partenaire qui sera prêt à se faire manger cru ou préparé.
Il te faudra aussi trouver une recette adaptée, viande froide ou en sauce, en tartare ou en daube, dresser la table, et apprêter au mieux ton compagnon.
Certains morceaux auront certainement pour vous deux plus de saveur, car avec un plus fort potentiel sexuel.

Une fois rassasié, évite de sombrer dans une gloutonnerie excessive qui ferait alors retomber le plaisir que vous a procuré ce repas, jette les restes dans de grands sacs poubelles, puis une fois la table débarrassée, allonge toi pour digérer.

Inévitablement, avec la digestion, des questionnements remonteront à la surface. Ne les refrène pas !
Tu n’es pas le premier à avoir découvert ses sensations (le petit Luka t’a précédé). Par le passé, la morale était moins stricte, et de nombreuses peuplades se sont adonnées au cannibalisme.

Ce qui ne dois pas t’empêcher de faire preuve de prudence.

Alors prion !

 

Oui prion ! c’est une protéine, le prion, on la possède dans les cellules de notre corps. Sa forme est reconnue par des récepteurs spécifiques sur nos cellules.

Quelque fois, les cellules de notre corps qui fabriquent cette protéine se comportent de façon insensées. Elles forment un prion, c’est à dire une protéine qui se replie d’une façon anormale.

La conséquence est terrible. Non seulement la prion n’assure plus sa fonction dans notre corps (il n’est plus reconnu par les récepteurs sur nos cellules), mais il transforme aussi les protéines qui sont à côté de lui en prion. Tout ce beau monde s’agrège et forme un tissu spongieux dans le cerveau.

Ce qui entraîne des troubles neurologiques (Kuru chez l’homme, tremblante chez le mouton, l’encéphalopathie spongiforme chez les vaches).

Les prions sont difficilement détectables, et pour les détruire, il n’y a pas de médicaments, il faut faire cuire la viande à plus de 130°C pendant plus d’une heure à haute pression.

 

Ainsi, quelques précautions doivent être prises si tu souhaites continuer ta quête.

Éviter les tartares et les sushis, et préférer les daubes. Sinon il reste l’eucharistie, qui est le seul moyen de déguster un être humain mort en toute sécurité.

Le plaisir y perd ce que la sécurité y gagne.

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