Quatrième jour: hommage nihiliste.

De l’art de ne rien dire.

 

Tome 1

 

Chapitre 1:

Le problème de la liberté d’expression.

Il faut bien finir par l’avouer, le problème de ce monde n’est sans doute pas le manque de liberté d’expression mais l’abus qu’on en fait. Tout le monde a tout le temps quelque chose à dire sur tout. Même moi. La preuve.

Le problème avec la liberté d’expression, c’est que c’est un droit qui a l’air d’impliquer un devoir: celui d’exprimer quelque chose. Coûte que coûte, sous peine de se voir retirer son droit.

Faut-il souhaiter pour autant une bonne dictature? une bonne guerre? une  bonne claque et au lit? Signalons que la dictature, c’est toujours la liberté d’expression. Mais d’un seul. N’étant pas tout à fait certain d’être celui-là, nous réprouvons la dictature. Beurk, la dictature!

Le vrai contraire de la liberté d’expression, je dirais même l’antidote salvateur de la liberté d’expression, c’est l’art de ne rien dire.

 

Chapitre 2:

Est-il possible de ne rien dire?

La question peut paraître bête.

« T’as qu’à fermer ta grande gueule! » pourriez-vous être tenté de me répondre sans ménagement.

Certes.

Il n’est pas certain cependant qu’il suffise de se taire pour ne plus rien dire. Un silence peut être chargé de reproches, lourd de sous-entendus, éloquent. Une minute de silence est toujours  l’occasion de faire entendre quelque chose.

Un vrai silence qui n’aurait aucun sens, qui ne chercherait à rien dire, s’il s’installait en notre esprit durablement, nous en chasserait alors.

Impossible de cohabiter avec un tel silence absolu sans mourir!

 

Chapitre 3:

La religiosité du silence.

Le silence intéresse les religions. Il en est une proie.

Le silence est la vraie pomme. Il est la tentation de parler.

Les religions sont la preuve d’un renoncement historique au silence originel.

Elles sont la preuve d’une lâcheté face à l’inconnu.

Et qu’on ne l’ouvre pas pour me parler du silence monastique: il n’est qu’une censure de la parole libre au service de la parole sacrée (le bavardage religieux, donc)!

 

Chapitre 4:

Est-il possible de dire quelque chose?

La parole n’est jamais libre. Nous sommes dictés.

Des sténo-ptérodactylos du quotidien.

Nous croyons dire librement quand nous ne disons que ce que notre langue nous autorise.

Nous ne disons, pour être compris, que ce qui a déjà été dit plusieurs fois.

Une parole nouvelle courrait le risque d’être entendue comme une parole folle.

Dire avec les mots de tous une parole qui ne serait qu’à soi semble une entreprise bien difficile.

Misère.

 

Conclusion du tome I:

Nous nous sommes nous-mêmes saoulés d’affirmations péremptoires et où en sommes-nous arrivés? Il semble que nous soyons face à une indépassable contradiction, un de ces dilemmes, parmi d’autres, qui font de nous des êtres bipolaires, des bavards mutiques en l’occurence…

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