Premier manifeste du Bric-à-braquisme.

Il est question ici de devenir en peu de temps l’écrivain que vous êtes. Le plus long est d’arrêter de ne pas écrire. Cette crise terminée, saisissez-vous d’un moyen d’écrire. Ne cessez plus alors de saisir.

Pour être un vrai écrivain, il vous faudra de plus devenir un hors-la-loi. Cela fait, ne cessez plus de l’être.

Enfin, vous êtes libre. N’oubliez pas cependant que vous ne l’êtes pas autant que vous le croyez peut-être. Il n’est donc pas nécessaire d’avoir peur de votre nouvelle liberté.

Vous écrivez donc : « Je n’ai pas peur de ma nouvelle liberté. » et vous signez de votre nouveau nom de plume.

Avoir sa propre identité peut ne pas suffire. Envisagez alors de vous inventer une famille littéraire fictive. Êtes-vous le fils de Victor Hugo, le cousin normand de Francis Ponge, la nièce de Jean Tardieu ou, plus étrange encore, l’oncle unijambiste d’Ernest d’Hervilly qui publia l’édifiant récit d’un épisode de la vie de M. David en page 2 du supplément illustré du vendredi qui fut cette fois imprimé le samedi 7 mars 1891 pour enrichir l’édition quotidienne du Petit Journal. Tous les goûts sont permis. N’oubliez pas que vous êtes libre.

Voici une image d’arbre généalogique que j’ai trouvée sur internet :

Remplissez les cases avec les noms des écrivains que vous aimez.

Ce formulaire, une fois complété, doit ensuite être posté tel quel à l’adresse d’une maison d’édition. Pour être un vrai écrivain : n’oubliez pas de mettre un timbre.

Il vous reste une dernière étape à effectuer : vous devrez accepter de ne pas être lu. J’ai moi-même rangé ici un texte qui est resté très longtemps sans être lu. Notez bien que la majorité des gens qui ne sont pas lus se trouve être chez ceux qui n’écrivent pas.

Voilà, vous êtes sur le point de réellement devenir un écrivain. Apposez votre nouveau paraphe de plume dans l’encadré ci-dessous :

Accomplissant cela, le cachet de la poste faisant foi, vous devenez de fait écrivain.

Techniquement, la transformation aura vraiment lieu la nuit qui suit.

Administrativement : c’est plus long.

Votre engagement à devenir écrivain ouvre automatiquement et implicitement droit au titre de membre permanent de l’académie bric-à-braquiste dont le cri de guerre est « Je suis un bric-à-braqueurs ! ». Tout membre ne poussant pas ce cri au moins une fois toutes les 24 heures est définitivement radié.

Arrachez maintenant ces pages de leur livre et envoyez-les.

Puis cessez d’arracher des pages.

Post-Scriptum : On peut choisir de personnaliser ce formulaire en le remplaçant, par exemple, par une lettre d’excuse. Je donne ci-dessous un autre exemple de personnalisation :

Cela s’appelle : Auto-portrait anamorphique de l’écrivain en porte-filtre à café. C’est aussi un hommage à Balzac, à Magritte, à ma femme, au café, à la lumière, aux étoiles, aux poissons des abysses.

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