Notre panthéon des vivants.

4484229_6_53ec_michel-houellebecq-a-paris-le-3-septembre_92060c46135e8b6f514c17a1845f3acdEntre ici, Michel.

(Pardon si nous te semblons, avec cette formule liminaire un peu gaillarde, plus familiers que l’attendu mais nous inaugurons avec toi un genre inédit, le discours de panthéonisation d’un homme, ou d’une femme, dont l’une des qualités premières, et non des moindres, n’est-ce pas, est d’être vivant: tu nous trouveras donc tâtonnants quant au degré de solennité que nous devons avoir ici…)

Entre ici, donc, Michel.

Le lieu n’est pas séculaire, les grandes âmes du passé n’y flottent pas en tourbillons enivrants, rien ici ne résonne de la gloire antique des héros homériques. Mais tu es le bienvenu. Et le ménage est fait.

Tu es sur internet.

Nous t’y accueillons, nous qui n’avons pas les clefs: c’est ici comme un grand squat dans lequel nous t’aurions réservé une pièce, rien que pour toi, notre plus beau canapé, rien que pour toi, et quelques-unes de nos plus belles guirlandes, jetées là rien que pour toi, elles-aussi, parmi celles qu’on ne peut manquer de trouver dans les poubelles des grandes villes les surlendemains de noël…

Pourquoi ne pas le dire simplement? Nous t’aimons bien, Michel.

Bien sûr, ton oeuvre… mais avouons-le sans fausse pudeur, la séduction que tu exerces sur nous est aussi physique.

Ton corps, comme un corps amoureux amaigri par le manque, ton corps relégué, nous l’aimons pour la faiblesse qu’il assume.

image6Ton corps aussi nous écrit.

Nous y lisons que la mort est là, toujours prête, que le temps passe, que manger des petits légumes bio en tournant en rond, baskets aux pieds, n’y changera rien. Tu nous calmes, nous, les hystériques.

Ton cou frêle, ta tête pesante, tes mauvaises dents, ton crâne de plus en plus visible, sont beaux! Comme une Vanité.

Merci. Tu distribues, comme des icônes pour enfants pervertis, les images de toi sur papier glacé, les images de toi sur grands et petits écrans, les images de toi sur la toile de nos réseaux sociopathes. Merci, Michel.

Et puis, il y a les livres. Ceux que tu as lus, ceux que tu écris, beaux, eux-aussi, comme le serait le suicide du jeune Werther réécrit par Flaubert et Beckett, à quatre mains.

Romantique sans poses, naturaliste sans énergie, décadent sans manières, penseur sans théorie, poète sans élan, tu es, Michel, notre plus bel écrivain, trou noir terrible et fascinant.

InterviewKervern-lmc-01Nous t’accueillons en notre sein, Michel, avec toute l’humilité frébrile du communiant, prêts à danser nus autour de toi, psalmodiques et drogués, jusqu’à l’aube d’un monde nouveau, mieux délivré de ses illusions de grandeur peut-être, plus houellebecquien sûrement.

Tu es chez nous chez toi comme nous sommes chez toi chez nous.

Entre ici, Michel, comme dans un moulin.

Plume-d'éléphant transparent

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