L’Inventeur de Vent.

Voici l’homme, mesdames et messieurs!

Il porte une tenue modeste de promeneur estival et son corps se déplace avec souplesse. Il vient vers eux: les curieux. De vieilles sandales à ses pieds disent à ceux qui l’observent de loin que cet homme sait d’où il vient. La chemise en coton fin qui l’entoure largement fait voler un léger nuage blanc autour de lui.

Son visage a la douceur éclairée d’une jeune fille qui sourit.

Il s’agit de Basile.

Ses bras s’ouvrent pour recueillir un à un et en silence les membres de la petite foule. Les gens cherchent, et trouvent, dans ses yeux, la vibration qui les rassure. Ils s’abandonnent à lui.

A présent, il doit parler, mesdames et messieurs! Ces gens attendent de lui quelque chose de plus, quelque chose de lui qu’ils pourront garder quand il sera parti loin d’eux.

Basile s’approche alors doucement du plus jeune garçon de l’assemblée et s’accroupit à ses côtés. Le garçon s’accroupit à son tour. Ils se font confiance sans se regarder.

– Veux-tu dire à ceux qui t’écoutent maintenant ce qu’est un enfant?

Le garçon se tourne vers Basile. Il doit avoir entre trois et quatre ans d’existence. Quelques secondes, il regarde cet homme immobile à ses côtés, puis se replace droit, s’immobilise à son tour.

– Sais pas.

C’est sa réponse. Basile le remercie en lui touchant une main doucement, et se lève. Son ton est calme.

– Mes amis, je dois vous quitter. Mon chemin n’est pas fini. L’horizon m’attend quelque part, car mon nom est Mouvement.

Il tend la main à l’enfant, l’aide à se relever.

– Cet enfant a dit vrai. Celui qui parmi vous méprise l’ignorance, méprise cet enfant. Celui qui trahit l’ignorance, trahit cet enfant. Celui qui aime l’ignorance, aime cet enfant, car il ignore la haine. Ceux qui parmi vous ne savent pas, ceux-là sont mes enfants: qu’ils me suivent. Ceux qui parmi vous voient le jour au coeur de la nuit, ceux-là sont aussi mes enfants: qu’ils me suivent tous.

A l’horizon, un souffle sonore comme une respiration agite les arbres au dessus de la plaine désertique. Basile, la main dans la main d’un petit garçon, est à la tête d’une petite armée d’ignorants. Ils avancent vers le soleil.

– « Un enfant est une fenêtre sur la lumière. » C’est ça, la bonne réponse. A quoi ça sert que j’écrive tout à l’avance et que je prenne des heures à répéter avec toi si tu improvises n’importe quoi au dernier moment? Refais ça une fois, je te vire! C’est pas les orphelins qui manquent par ici! dit Basile en regardant droit devant lui.

Les touristes avancèrent alors vers une nouvelle tapisserie, prêts à entendre la suite des explications de leur fabuleux guide. On entend sa voix s’éloigner.

Et vous n’avez pas vu le plus beau! Par ici, mesdames et messieurs!

C’est à ce moment que vous tournez la page.

De ce livre ou d’un autre.

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