Le « S.I.F. », une nouvelle frontière idéologique (un article poilant!).

Peut-être ignorez-vous encore que notre système capillaire est un enjeu de pouvoir. Ça vous passe au dessus de la tête?

Vous avez tort.

La relation des hommes avec leur poils mériterait une étude sérieuse. Pour notre modeste part, nous ne proposons ici qu’un survol rapide et incomplet du monde, vu du poil.

Transportons-nous d’abord à Amritsar, ville située au nord-ouest de l’État du Pendjab indien, et admirons l’interminable chevelure de ce sikh qui s’apprête à entrer dans le Temple d’Or, haut lieu de sa religion. Pour lui, se couper les cheveux, la barbe ou les poils fait partie des quatre fautes majeures, au même niveau de gravité, quand même, que le viol et l’adultère, et entraîne automatiquement l’exclusion de sa communauté religieuse. Bref, il n’y a pas, c’est un avantage non-négligeable de cette religion, de skin-head chez les sikh.

Pendant ce temps, à Jérusalem, au pied du mur des lamentations, un groupe de juifs orthodoxes, des Hassidim, je crois, à moins que ce ne soient des Yéménites, termine ses prières sous le beau soleil d’Israël. Des chapeaux noirs protègent leurs crânes, qui sont rasés, mais deux papillotes de cheveux s’en échappent malicieusement et descendent sur le devant de leurs oreilles jusqu’aux côtés de leurs barbes. Selon la Mishna, compilation écrite des lois orales juives et premier ouvrage de littérature rabbinique, celui qui arrondit le coin de sa tête (comprenez « les cheveux qui poussent sur les tempes ») est passible d’une peine de flagellation (39 coups) par « coin arrondi ». On pourrait bien sûr se demander pourquoi 39 coups et pas 123, ou 18, mais ce serait couper les cheveux en quatre… non?

À quelques milliers de kilomètres de là, en République Populaire Démocratique de Corée, les immenses rues de Pyongyang sont encore désertes, en attente surement d’un prochain défilé militaire. Dans une rue secondaire, le magasin d’un coiffeur pour dame s’ouvre et voit entrer ses premières clientes. Elles sont coquettes et s’apprêtent   à choisir leurs coupes de cheveux. Heureusement pour elles, l’état communiste a une politique de la coiffure très stricte, avec une liste d’options approuvées. 18 photographies sont alignées sur le mur du salon et facilitent ainsi ce qui aurait pu être, avec une vigilance moins grande de l’état bienveillant, l’objet d’interminables hésitations (on connaît les femmes!). « Faites-moi la 12: ce soir, je sors en boîte. » et on en parle plus!

La même journée, notre voyage peut se poursuivre de ce salon de coiffure pour dame à un salon de coiffure pour homme, cette fois. Nous sommes maintenant à Téhéran. La ville est beaucoup plus bruyante mais une voix arrête le coup de ciseau pourtant expert de notre nouveau coiffeur: c’est la radio, branchée en permanence, qui laisse entendre la voix grave et chantante de Mostafa Govahi, le patron de l’Association iranienne des coiffeurs pour hommes, un de ces beaux barbus (garder la barbe est recommandé par le prophète (sur lui soit la paix) à tout bon musulman mâle (uniquement!) car elle fait partie de la beauté et de la plénitude de l’apparence masculine!) comme il y en a tant dans ce beau pays de traditions. Ce qu’il dit à la radio peut se traduire et se résumer ainsi: « Les coupes de cheveux relevant du culte satanique sont désormais interdites. Les salons de coiffures qui accepteront de faire ces coupes en violation des règlements du régime islamique verront leurs licences révoquées. » La voix ajoute, un peu sournoisement, il faut l’avouer, que son Association a identifié la plupart des salons de coiffure offrant ces prestations. Pendant que Mostafa Govahi continue à donner quelques détails sur l’interdiction de s’épiler les sourcils, pratique clairement liée d’après lui à une homosexualité démoniaque, notre coiffeur, dont les épaules viennent de s’alourdir imperceptiblement, reprend son travail et applatit sans sourciller les quelques mèches « sataniques » qui s’étaient redressées sur la tête de son jeune client. Tant pis pour la punk attitude.

Terminons enfin ce petit tour du monde capillaire par un retour en Europe, en France plus précisément, et même, plus précisément encore, au 12 du boulevard Joffre à Marcq-en-Baroeul. Nous sommes là dans un institut de beauté comme il en existe des milliers en France. Mais ne restons pas bêtement devant la porte vitrée, et entrons résolument. Passons sans plus nous y attarder devant le pupitre d’accueil en formica blanc et dirigeons-nous de ce pas vers une des arrière-salles de soin de cet institut. Nous y découvrons Jean-Pierre, un employé sans histoire de la société Lasaffre, leader mondial de la levure, et Mathilde, une jeune esthéticienne employée là depuis moins de six mois. Jean-Pierre est allongé sur le ventre et ses fesses nues sont relevées par un coussin placé à cet effet. Mathilde, elle, s’apprête à faire couler de la cire chaude sur le sillon inter-fessier de Jean-Pierre, dans le but, évident pour tout deux, après refroidissement de la cire, d’en arracher tous les poils d’un coup sec. Si vous aussi, comme Jean-Pierre, vous souhaitez avoir le sillon inter-fessier bien dégagé, il vous faudra demander un S.I.F., acronyme désormais officiel pour une épilation de la raie du cul (ancienne appellation).

Que conclure de ce voyage ébouriffant? Je sens votre perplexité.

La France n’apparait-elle pas comme un pays d’excès où le laxisme ambiant mène à toutes les dérives? Pourquoi l’église catholique et romaine n’a-t-elle pas le courage de prendre position sur le S.I.F.? Pourquoi le gouvernement et les députés ne légifèrent-ils pas d’urgence pour protéger le S.I.F. de nos plus jeunes concitoyens?

Des questions que notre article aura eu le mérite de poser, faute de pouvoir y répondre.

Plume d'éléphant 2

 

2 commentaires sur “Le « S.I.F. », une nouvelle frontière idéologique (un article poilant!).

  1. Je ne comprends pas que la célèbre marque de crème à récurer n’ait encore réagi avec vigueur contre un usage abusif évident de son nom, le S à la place du C ne faisant pas illusion sur le détournement évident que ces épilatrices sataniques font de son slogan « CIF, pour un résultat toujours parfait ».

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