Le Mystère de l’Ornithorynque.

avec:

Basile (l’homme),

Camélia (la femme),

Les Autres (le chœur).

 

Acte Deux, scène trois.

Extérieur soir, tous autour d’une longue table encombrée dont Basile, chapka sur la tête,  occupe un bout. Entre Camélia, noire, de longs cheveux, de longs bras…

 

 

 

 

 

 

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Les Autres,

Zizi ! Zizi ! Zizi ! Zizi ! Zizi !

 

Camélia, dos aux autres, poings sur les hanches,

                                               Zizi?

 

Basile, se levant un verre à la main,

Quoi?

 

Les Autres,

            Un discours ! Un discours ! Un discours !

 

Basile, emphatique,

                                                                           Amis,

Vous m’appelez : quatre par quatre, à vous je viens.

Et l’âme tout emplie de sagesse et de vin,

La langue déliée par l’ire dionysiaque,

Je pose sur mon cœur ce chapeau de cosaque.

Mon œil gauche sonde le ciel étoilé

Cependant que du droit tout en moi immergé

Je lis comme en rêve d’anciens hiéroglyphes…

 

Les Autres,                                                          

Il louche. Il a un coup dans…

 

Camélia,

                                              Taisez-vous !

 

Les Autres,

                                                                   …le pif.

 

Basile,

Il est question d’enfance, mes amis, j’insiste,

D’étrange funambule et d’amitiés tristes.

Je vous aime pour sûr et pour sûr vous déteste,

Et cela tout ensemble, en un unique geste.

Pauvre mot que le doux mot sacré d’amitié…

 

Camélia, la main en avant, avec douceur,

… S’il ne faut tendre qu’une main manucurée !

Souhaitez à présent retrouver votre calme

Et suivez mon sillage en quelques coups de palmes :

à part des autres, les montrant du bout d’un doigt très long,

Cette humanité-là n’a rien d’une amitié !

Tout juste y faudrait-il un peu de pitié !

Vous comprendrez enfin, mon bel ornithorynque,

Si vous disant à bas mots -résonne votre scinque-

à tous, montant sa voix en tournant sur elle-même, bras écartés,

Que cette humanité, notre seul ordinaire,

Toujours commandée par la folle imaginaire,

Vainquant les grands espaces et tuant son temps,

à Basile seulement, les bras enroulés à lui,

Sera de nous deux le plus assuré aliment !

Ils mangeront nos mains et je me tiendrai prête :

Ils seront contents quand nous mangerons leurs têtes.

 

Les Autres,

Dieu !

 

Basile, aux autres,

          Mes amis !

 

Camélia, aux autres,

                           Frères mortels !

 

Les Autres,

                                                  Nous nous rendons !

 

Camélia, divisant l’air de ses bras impératifs,

Voici l’homme auquel vous devez votre abandon :

À ce jour  il devient Basilus Imperator,

César et Christ, vainqueur ici et au dehors,

Par votre force, roi du ciel et des bois,

Bouche terrible, grand fabricateur des lois.

Ce jour n’est qu’une nuit sans le feu de ses yeux,

Un désert asséché sans l’eau claire de ses yeux.

Dans chaque silence, recherche sa présence.

Car il est désormais ta seule récompense !

Gloire à lui bougre de dégénérés fervents !

Gloire à toi, Ô Diheu du vent parmi les vents !

 

Les Autres,

Gloire à toi ! Gloire à toi ! Gloire à toi ! Gloire à toi !

 

Camélia, bras planants au-dessus de la foule,

Celui-là est celui en qui vous aurez foi

Désormais. Il sera grand tout et petit rien.

Des larmes dans les yeux, vous crierez son destin.

Son nom résonnera jusque loin dans les îles,

Dans le parfum d’une fleur, une ombre, un voleur,

Dans l’esprit de douceur, et le fruit et la fleur,

Son nom résonne en étrange tonnerre : Basile.

 

Les Autres,

Gloire à toi ! Gloire à toi !

 

Camélia, les bras prosternés vers Basile,

                                       Nous vivons par ta vie !

 

Les Autres, prosternés, crescendo,

Zizi ! Zizi ! Zizi ! Zizi ! Zizi ! Zizi ! Zizi ! Zizi !

 

Basile,

Jamais je ne jetterai à cette foule ma chapka !

 

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