La ronde humaine.

C’est comme un léger « clic ». Rien de très spectaculaire. Peut-être qu’il est trois heures du matin… ou deux heures de l’après-midi. Sous la surface, des énergies s’opposent, luttent. Centrifuges et centripètes. La tête tourne.

Il aura fallu des circonstances, bien sûr, un théâtre, quelque part sur terre. L’armement d’un premier déclencheur… l’entrée dans le tragique… qu’importe. Tous les déclencheurs sont liés. L’intime devient mondial. La chaîne des causes est infinie. Le monde tourne.

L’envie de carnage, entre archaïsme et futur, hésite. Cette soif peut prendre la place discrète d’un animal triste et tapi dans l’ombre d’un terrier. Ou soudain tout envahir, bête furieuse et galopante, rage ultime et débridée, insomniaque, aiguisée, paranoïde. Nul ne veut reconnaître en l’homme le maître de cette bête ancienne. La roue tourne.

Un léger « clic ».  C’est d’abord dans la tête. Le silence s’ensuit. Et dans le silence, la joie bruyante de la dispersion de soi vers l’univers, l’adieu au petit être recroquevillé d’autrefois, l’ivresse cosmique d’un voyage sans retour. La détente, enfin. Le sang tourne.

À l’extérieur, une gerbe noire et rouge auréole le sol. C’est comme une couronne d’organes éparpillés. Il fait froid. Le moment fort est passé. On effacera les traces. Le vent tourne.

L’espoir et le désespoir continueront à se battre le temps qu’il faudra pour l’éternité. Les deux armées échangeront leurs petits soldats, par simple caprice. Un jour, un autre que celui-là, de même désespéré par les circonstances toujours coupables, espèrera sous la surface, rien de spectaculaire, un léger « clic », une nouvelle ronde ensanglantée. La chance tourne.

Pourtant, la violence, petit animal furieux,  se dompte. Les yeux ouverts, la mort en face. L’homme se dompte. La défaite acceptée, il s’apaise. Puisque personne jamais n’a tué la mort, à quoi bon cette agitation d’humeurs, centrifuges et centripètes? La mort est la mort. Il n’y a rien à espérer. La vie dure quelques temps. La terre tourne.

Il n’y a rien à redire.

 

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