La Fable de l’Idéaliste et du Médecin.

Avoir un idéal, c’est important.

C’est comme avoir un bon copain. Ça occupe.

Aujourd’hui tout le monde en a un. Ou plusieurs. C’est indispensable.

Si vous êtes un de ces sociopathes sans idéal, précipitez-vous dans la première boutique ouverte et faites le nécessaire pour arranger ça. Il n’est peut-être pas trop tard.

Vous vous sentirez tellement mieux ensuite. Comme enrichi, amélioré, présentable. Vous connaissez naturellement cette agréable sensation de porter un vêtement qui vous plaît, un pull qui vous va parfaitement et dont, en surplus, la laine ne gratte pas.

L’idéal, c’est pareil: du moment que ça ne gratte pas, on est content d’en avoir un. Ou plusieurs.

Muni d’un idéal, vous devenez ce qu’on appelle un idéaliste.

Vous avez soudain envie d’un avenir meilleur. C’est plus fort que vous. Ça s’appelle une pulsion. Pas la peine de résister. Vous avez envie d’un avenir meilleur et il vous le faut maintenant, si l’on peut dire.

Alors c’est parti: vous réfléchissez, vous échafaudez, vous bâtissez en pensées ce monde meilleur. Rien ne vous arrête tant la perspective de ces milliards d’êtres humains nageant dans le bonheur, selon la métaphore aquatique consacrée, vous réjouit.

Pendant ce temps, les milliards d’êtres humains en question, chacun dans leur coin, rêvent aussi de baignades collectives aux sources du ravissement.

Chacun dans son coin, comme vous, lui, lui, et elles aussi, et eux, tous, ils réfléchissent, échafaudent, bâtissent. Comme vous. L’océan de bonheur est en réalité un chaos de gouttes de joies incohérentes.

C’est beau. Ça bouillonne. Pétille. Érupte. C’est fait de grand calme et de tsunamis furieux.

C’est la vie des gens. La vôtre et celle des idéaux heureux, qui rendent malheureux, une fois sur deux. Un. Zwei!

Vous regardez monter ces élans d’idéalisme vers des cieux forcément illuminés, conserverie traditionnelle d’idéal, et vous savez que ces élans bienveillants sont aussi nécessaires qu’imprévisibles. Ils ont agis, agissent et agiront sur votre bonheur personnel, celui du voisin ou de cet inconnu à l’autre bout de la terre sans qu’il soit possible bien longtemps d’en suivre les conséquences.

Vous demanderez-vous également comment votre idéal agit sur les équilibres fondamentaux d’un univers plusieurs fois infini? Se pose-t-on ces questions? Non. Naturellement.

Primum non nocere. D’abord ne pas nuire. C’est la condition première de toute médecine.

Vous ne vous sentez plus aussi idéaliste? Vous serez meilleur médecin.

Il faut l’idéal. Il faut l’absolu. Les fous idéalistes et les médecins sages.

D’abord ne pas nuire.

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