Je suis zoophile.

« L’acte sexuel est dans le temps ce que le tigre est dans l’espace » Georges Bataille

Le monde animal et nous vivons dans une proximité pleine de malentendus. Pour nous en convaincre, passons en revue quelques expressions toutes faites de la vie quotidienne, impliquant l’un ou l’autre de nos « amis » les animaux.

Premier exemple:

« J’ai croisé l’autre gros porc: il te remet le bonjour. » cochon

Que signifie donc « être un gros porc »? Vous croyez savoir? Et pourtant… La revue scientifique Nature a publié le 14 novembre 2012 une étude des plus complètes sur le génome du porc. Il en ressort clairement qu’il y a davantage de gènes communs entre le porc et l’homme qu’entre certains grands singes et l’homme… Hélas, la revue en conclut que le porc est parfaitement adapté pour… l’expérimentation médicale. La science redécouvre que tout est bon dans le cochon mais rien ne nous dit que tout est bon dans la science. Pourquoi cette proximité ne nous émeut-elle pas plus? Notre rapport à l’animal n’est-il pas barbare? Au lieu de le découper en tranche et de discuter ensuite, ne pourrions-nous pas plutôt essayer de déconstruire notre aveuglement? Alors: qu’est-ce qu’un gros porc? La question a désormais retrouvé de la complexité. Nous nous contenterons donc de répondre que c’est le mâle de la grosse truie…

 

Deuxième exemple:

« Houlala, oui! Vas-y chéri! Mets moi z’en plein la chatte! » black cat - black panther hunting

Que signifie donc « s’en faire mettre plein la chatte »? Vous croyez encore savoir? Cependant… Charles Baudelaire écrit en 1847, dix ans avant la scandaleuse parution de ses Fleurs du Mal, à propos des chats: «Ils prennent en songeant les nobles attitudes Des grands sphinx allongés au fond des solitudes, Qui semblent s’endormir dans un rêve sans fin;» Là encore, le trouble nous gagne en constatant que le chat ou la chatte peuvent être perçus à travers un spectre si large qu’il nous mène à les considérer avec le plus raffiné des romantismes aussi bien qu’avec la plus grande des trivialités. Que devient l’animal réel derrière toutes ces projections fantasmatiques? L’animalité n’est-elle déjà plus qu’un mythe? Alors? Que signifie « s’en faire mettre plein la chatte »? Peut-être voulons-nous dire que l’animalité est un vide qu’il nous faut remplir à toute force…

 

Troisième exemple:

« Le prends pas mal mais je préfèrerais me taper une chèvre. » Goat

Que signifie donc « se taper une chèvre »? Vous n’êtes plus sûr de rien? Et pourtant… Dans la mythologie grecque, le dieu de la nature Pan est dépeint comme mi-homme mi-bouc. Dans l’hymne homérique, il porte barbe, cornes et pieds de chèvre et dans l’art figuré, il est parfois représenté sous les traits d’un jeune homme à tête de chèvre avec une courte queue de chèvre. Plus tard, afin de discréditer les bouseux païens qui y croyaient encore, l’église chrétienne s’est donc saisi de ce dieu pour la représentation du diable, incarnation du mal. C’est ainsi que de religion en religion, la culture occidentale a inversé l’image d’une chèvre bienfaitrice en celle d’un bouc sulfureux… Là encore notre regard sur le monde animal est construit, cherchant de la morale où il n’y en a pas. Alors? Que signifie « se taper une chèvre »? C’est très simple et vous l’avez peut-être déjà compris: « se taper une chèvre » signifie qu’on la prend et qu’on la retourne… à des fins moralisatrices, biensûr.

Bon. Notre regard sur le monde animal est totalement erroné. Soit. Et alors? Qu’est-ce qu’il se passe pendant qu’on se traite de gros porcs, qu’on se défonce la chatte, qu’on se tape une chèvre, qu’on se déglingue la marmotte, qu’on se caresse le mérou, qu’on se broute les oursins, qu’on se turlupine le hamster, qu’on s’enfile en levrette, qu’on s’échauffe l’anguille, qu’on s’explose le minou, qu’on s’astique le verre de terre, qu’on se lèche la moule, qu’on se ramone la raie? Hein? Qu’est-ce qui se passe? Si vraiment vous voulez savoir ce qui se passe pendant ce temps-là pour les vrais animaux, alors il vous suffit d’entrer « sixième extinction de masse » sur votre moteur de recherche préféré et vous comprendrez. Quant à moi, je vais mon chemin d’errance, je cite Jacques Derrida lorsqu’il affirme que « Nous menons une guerre totale aux animaux. », j’écris qu’il n’y aura bientôt plus que des « animots » et je dis à tous les gens que je croise que je suis devenu zoophile… mais je ne sais pas si je suis compris.

Plume-d'éléphant transparent

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