Face à Dieu.

Cet entretien est peut-être le plus surprenant de toute ma carrière: j’ai souhaité interviewer Dieu lui-même et en direct. Cela n’a jamais été réalisé, et honnêtement je ne pensais pas arriver à le rencontrer et encore moins à le convaincre, d’autant plus que je n’avais aucune certitude sur son existence. Il m’a fallu mettre de côtés tous mes a priori, pour aller à la recherche de celui qu’on ne peut contacter que si on est déjà convaincu de pouvoir le rencontrer. J’ai donc développé ma foi et ma ferveur, je me suis entraînée avec beaucoup de volonté. J’ai lu beaucoup de textes, participé à de nombreuses retraites, dialogué avec de nombreux religieux, fait preuve d’une bienveillance exacerbée, et d’une dévotion à la limite de l’entendement. J’ai enterré mon scepticisme, bref, je suis rentrée dans l’Ordre, puis, je suis allée à la recherche d’un lieu de recueillement religieux, afin, par la prière, de communiquer, avec Dieu. On m’avait prévenu: même pour les plus croyants, la probabilité de rencontrer Dieu est infime et presque nulle. Mais pour vous mes lecteurs, je suis allée au delà des certitudes. Et si finalement j’y suis arrivée, c’est je pense, parce que j’ai bénéficié de l’immense aura des éléphants d’Icare, et surtout de l’article François est un con du très excellentissime Ploum. L’humour est pour Dieu une friandise très attirante.

Le sujet abordé dans cet entretien est des plus sensibles, et je conçois qu’il puisse heurter certains de nos lecteurs, aussi n’hésitez pas à arrêter votre lecture ici si vous ne vous sentez pas la force de remettre en cause certaines de vos certitudes. laFemme

: Bonjour, euh, … grand … euh maître, seigneur, … au faite, comment dois-je vous appeler ? Le vouvoiement ne vous paraît-il pas trop irrespectueux ?

bouddahs2

: Comme vous voulez, « dieu », c’est bien, ça paraît assez bien m’identifier! Je comprends toutes les subtilités des langages humains. Faites comme vous le souhaitez: le tutoiement, le vouvoiement, ou rien du tout, cela me convient.

laFemme

: Le simple fait de vous poser des questions vous paraît-il blasphématoire ?

bouddahs2

: Non, le blasphème est une notion typiquement humaine. Je la comprends mais elle ne me concerne pas. Vous pouvez même me représenter comme vous le voulez.

laFemme

: Bien, si vous le voulez, commençons par des questions triviales : À quoi ressemblez-vous ?

bouddahs2

: Votre question est assez prévisible et simple, mais la réponse que je dois vous faire n’est pas évidente. Comment vous faire comprendre… je n’ai pas de forme telle que vous l’entendez (pas de squelette, pas de chairs, pas de fluides corporels, …), j’ai une présence, une pensée, je peux me matérialiser à un endroit, et même à plusieurs endroits à la fois, je peux prendre n’importe quelle forme humaine, animale, végétale, minérale, … Je crains que vos connaissances scientifiques ne soient pas encore suffisantes, pour que je puisse aller plus loin dans les explications.

laFemme

: Bien, alors on pourrait vous qualifier de grand ingénieur de la création ?

bouddahs2

: L’aspect scientifique n’est qu’une infime partie de moi même, je n’ignore certes rien du fonctionnement de toute chose, mais cela ne veut pas pour autant dire que l’on puisse me réduire à un simple ingénieur, ce serait bien trop réducteur.

laFemme

: Comment vivez-vous, où vivez-vous, que mangez-vous ? Excusez-moi de la naïveté de ces questions !

bouddahs2

: Je ne peux pas vous répondre, le concept de vie, celui de lieu, celui de nourriture n’ont pas de sens pour moi. Je pourrais vous dire simplement que je suis partout, en tout lieu, et toute époque, que je suis à la création et à la fin de toutes choses, mais ce n’est là aussi qu’une partie de ma réalité.

laFemme

: Peut-on aborder des questions plus personnelles ?

bouddahs2

: Oui.

laFemme

: Pourquoi avoir créé l’homme ?

bouddahs2

: Je n’ai pas créé l’homme, j’ai créé les conditions de la vie à partir de rien, cela n’a rien d’extraordinaire pour moi, c’est même assez simple. Les formes de vie que vous connaissez sont des conséquences de ma création originelle. Vous n’êtes pas mes créatures, vos aspirations, vos façons de penser, vos peurs ne sont pas les miennes, nous n’avons rien en commun, j’ai juste décidé des paramètres de votre monde, ces paramètres ont abouti à la création de la vie. Ce n’était pas inéluctable. Votre libre arbitre est l’essence de votre évolution. Je ne suis pour vous qu’un facteur.

laFemme

: Vous voulez dire que l’homme à votre image, et tout ça, c’est pas vous ? Vous n’aviez aucune idée de l’évolution qu’allaient prendre les choses ?

: L’homme à mon image, c’est une supercherie humaine, comme bien d’autres à mon sujet. Par contre je connaissais, et je connais exactement et précisément le devenir de l’humanité.

laFemme

: Pouvez-vous m’en dire plus sur notre futur ?

: Non désolé, je ne peux pas intervenir sans conséquences. Seuls vos choix sélectionneront un avenir parmi des milliers.

laFemme

: N’êtes-vous pas intervenu pour votre fils Jésus ?

: Vous mélangez tout Francesca, je n’ai jamais eu de fils? Jésus n’est qu’une des nombreuses fables inventés pas les hommes afin de s’asservir. Vous tirez vos informations de livres qui ne sont que des créations humaines. La bible est un bon bouquin, mais ce n’est qu’un roman. Les tables de la loi et Moïse ne sont que des inventions.

laFemme

: Le fait que l’homme se serve de vous ne semble pas vous déranger ?

: Non, cela fait partie de ma création, la croyance est une des stratégies découverte par l’homme afin de mieux vivre. Dès le début, la vie a dû se battre pour exister, elle n’avait pas d’autre choix, il fallait mettre en place des stratégies afin de continuer à vivre le plus longtemps possible. Lorsque les formes de vie primaires ont commencé à prendre conscience de leur mortalité, elles ont du s’adapter afin de trouver comment se survivre: elles ont inventé la sexualité. Par la suite l’homme, avec sa faculté intellectuelle a lui aussi dû trouver des stratégies pour diminuer sa peur de la fin. Toutes ces stratégies ont le même but.

laFemme

: Existe-t-il d’autres dieux ?

: Non. Là aussi, dans votre question, je sens votre condition humaine. Votre question n’a pour moi aucun sens. Il existe sur terre de nombreuses religions. Toutes répondent à un besoin de réconfort face à l’inutilité de l’existence.

laFemme

: Vous y allez fort là: «inutilité de l’existence » !

: Hélas oui, votre vie n’est pas utile, même si la croire utile vous permet de la mieux vivre. C’est une réalité. Ne soyez pas désespérée, mais sachez que celui qui fait le bien toute sa vie et celui qui est un vrai salaud toute sa vie n’ont pas plus d’importance. Certes, il y a une sorte de transmission de génération en génération, mais au final le néant est la seul option possible. Ce paradoxe est le fondement de ma création : « La vie n’est pas utile, mais c’est la chose la plus importante ! ». C’est vous et vous seul qui donnez de l’importance à votre existence.

laFemme

: Avez-vous créé la vie ailleurs ?

bouddahs2

: Charmante question, mais cela relève de ma vie privée. Vous permettez, madame, que je garde mon jardin secret.

laFemme

: Vous sentez-vous seul quelquefois ?

bouddahs2

: C’est encore une notion typiquement humaine. Je suis multiple. Selon vos critères psychiatriques, j’ai des infinités de personnalités. Quant à la notion sous-jacente de temps, cela fait parti de mes créations, dès le début. Je maitrise le temps, je peux le modifier à loisir, l’allonger, le réduire, l’accélérer, et même le rendre discontinu.

laFemme

: Qui vous a créé ?

bouddahs2

: J’ai toujours existé, il n’y a pas de créateur du créateur. Certaines choses n’ont pas un début et une fin: elles sont là.

laFemme

: Je vous remercie pour votre franchise.

bouddahs2

: Je vous en prie, au faite, j’apprécie beaucoup la plume de Ploum, peut-être pourrions nous convenir d’un entretien à trois dans un proche avenir ?

laFemme

: C’est une proposition sérieuse ?

bouddahs2

: Bien sûr, prenez rendez-vous avec François mon secrétaire .

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