Éloge de la déprime.

Bon.

La déprime…

Qu’est-ce que c’est… hein? au juste?

Donc…

La déprime… c’est quoi?

La déprime, c’est de la lenteur… beaucoup de lenteur… un temps qui pèsent comme si… comme si… j’sais pas moi… comme si tout s’était arrêté.

Comme si en s’arrêtant, le temps, ouvrait une porte, pour une nouvelle… perception du monde…

Un monde déprimé.

Un monde qui ressemble à ce qu’on imagine de la mort.

Une expérience fabuleuse… vraiment!

La déprime est un état glorieux et salutaire…

Elle reprogramme à la baisse les illusions.

Plus on a d’illusions, plus la déprime est douloureuse… c’est comme une règle.

Au fond de la déprime… car toute déprime a un fond, il y a le deuil des illusions.

La déprime, c’est une façon de voir le monde dans une lumière nouvelle, débarassée, on ne sait pas trop pourquoi, tout à coup, de l’illusion de comprendre.

Le langage ne nous sert plus à rien alors.

Le monde se regarde dans une lumière crue… le monde sans les mots pour le cuire, sans les mots pour le rendre digeste…

Dans la crudité du monde, tout a un goût d’insignifiance.

L’esprit se tranquilise.

Ceux que l’humanité elle-même considère comme ses plus éminents représentants sont passés par ce monde soudain absurde..

Socrate et son « je ne sais rien », Boudha et son nirvana, le christ et son « lama sabacthaneï »… et d’autres…

Chacun d’eux reconnait sa défaite et trouve ainsi sa grandeur dans l’acceptation du monde tel qu’il nous ignore…

Nous aimons un monde qui n’a rien à nous rendre… il ne nous aime pas en retour…

Notre amour pour le monde est un modèle d’amour désintéressé….

La déprime, lorsqu’elle est sincère et profonde, débouche sur la beauté mystique de l’amour inconditionnel…

C’est alors un autre temps qui redémarre… c’est un temps de joie lucide et assurée…

Un temps qui vous laisse libre, sans agitation, centré.

Une merveille que j’vous dis!

Il n’y a plus qu’à se lancer, hop, hop, dans la belle aventure de la déprime…

Youpi…

4 commentaires sur “Éloge de la déprime.

  1. Cher Ploum,

    J’aime bien ton idée de considérer la déprime comme la porte vers de nouvelles perspectives de bonheur libéré de contraintes.

    Ne penses-tu pas cependant, que la déprime est aussi un symptôme d’une mauvaise adaptation à l’environnement (une sorte de stress), et qu’elle peut avoir un caractère chronique à la longue.

    1. Chère Francesca,
      La déprime est le mot que nous mettons sur le sentiment désagréable d’une perte de valeur. Notre personne se ressent alors comme amputée d’une valeur qu’elle pensait avoir. Or, notre valeur, celle que nous nous donnons à nous-même, est plus le résultat d’un travail imaginaire qu’une réalité. Perdre un peu de cette valeur revient ainsi concrètement à se rapprocher de la réalité, autant qu’on peut le supporter. Nous ne sommes pas tous égaux dans ce domaine.
      Mon raisonnement est donc que, perdant notre valeur imaginaire, nous nous rapprochons de la réalité et que, faisant cela, nous sommes plus lucides… ce n’est pourtant pas encore le bonheur: on peut être lucide, et en souffrir, ou non. C’est là qu’on peut distinguer la déprime, passagère et bénéfique, de la dépression, chronique et handicapante.
      La lucidité souffrante est celle qui n’arrive pas à faire le deuil des illusions qu’on a tous à notre propre propos.
      La vraie « porte » du bonheur est donc ce deuil des illusions.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.