Des Univers Abstraits.

(Article de synthèse à publier dans le premier numéro du Bulletin des Univers Abstraits, lorsqu’il existera.)

 

Il faut, pour le penser vraiment, penser l’homme dans une variété d’univers abstraits.

Un univers abstrait est une bulle fictive.

Un univers abstrait est ce qui constitue une conscience humaine.

Un univers abstrait est une pensée enveloppante, complexe et cohérente.

Les univers abstraits se superposent en chaque homme, se concurrençant ou se complétant, partiellement ou complètement, pour constituer l’édifice plus ou moins stable qu’on nomme la personnalité individuelle.

 Ainsi l’homme est-il conditionné dans ses comportements et ses perceptions les plus intimes par les univers abstraits qui le traversent, s’installent en lui, se sclérosent, s’écroulent ou se combattent, en lui, sans qu’il en ait conscience le plus souvent.

Les univers abstraits fonctionnent comme des discours. Leur matière première est le langage.

Les univers abstraits s’imposent et s’inventent, collectivement et individuellement.

Les univers abstraits visent à explorer l’inconnu, qui est notre habitat premier.

Les univers abstraits se superposent au monde concret, s’interposent entre lui et nous, tel un artefact créant l’illusion du sens.

N’étant pas assujettis au concret, qui reste inconnu à jamais, nos univers abstraits peuvent être contraints par une infinité de formes possibles. Ils sont ainsi d’une essence malléable à loisir tout en gardant la capacité de se figer. A chaque forme, et toute forme est aussi particulière qu’une empreinte digitale, correspond un type humain, une personnalité. C’est ce qui fonde une typologie humaine sans doute beaucoup plus hétérogène que notre intuition ne nous le prédit.

Finalement, la compréhension que nous avons du monde concret est celle que nous y projetons. Croyant voir l’ailleurs, nous ne voyons que le nous-même On pourrait dire en quelque sorte que nous sommes en permanence hors de nous.

Nous sommes sans attache possible avec le monde concret. Nous l’informons mais il ne nous dit rien. Le monde concret n’est qu’utile. Il est là, c’est tout et c’est insatisfaisant pour une espèce humaine qui se résigne assez peu à n’être que là.

Mais nous sommes là, tous, les uns pour les autres, malgré tout, et nous faisons des efforts infiniment renouvelés pour rester une espèce solidaire, une espèce unissant ses forces au service d’elle-même. Nous communiquons, malgré tout. Nous avons la possibilité de voyager d’un univers abstrait à l’autre. Nous pouvons nous connaître. Nous, l’espèce humaine.

 

Quel bonheur.

Naturellement, rien de tout cela ne peut être considéré comme certain à ce jour.

Cependant, les univers abstraits sont aussi comme de petites cages ridicules et paranoïaques qui ne nous protègent finalement que de notre propre éparpillement.

Merci.

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