Qu’est-ce que la polypolarité individuelle?

Être soi-même  semble aller de soi… qui d’autres pourrions-nous être, sinon nous-mêmes?

Nous admettons toutefois bien volontiers que nous ne décidons pas entièrement de ce que nous sommes.

Comme tous les êtres vivants, comme les objets même, nous sommes sous influence permanente de notre environnement.

Rien d’anormal.

Signalons par ailleurs que l’être humain, et particulièrement l’être humain occidental, s’est progressivement libéré des contraintes physiques de son environnement en inventant la maison chauffée au gaz, le supermarché et le fil à trancher le foie gras, par exemple.

Ce n’est pas sans conséquences sur la définition de ce que nous sommes, de ce que notre environnement nous permet d’être…

Lorsque le confort bourgeois, idéal de nos sociétés, est atteint et que la santé va, nous retrouvons-nous alors libres de toute contrainte environnementale?

Sans doute pas.

Les capacités de notre corps sont une première limite dans notre rapport à notre environnement, limite qui se rappellera toujours à celui qui voudrait, sans aide mécanique et parmi d’autres projets possibles, nager comme un dauphin ou voler comme un albatros… Un peu de principe de réalité ne peut pas nuire.

Cette contrainte, celle du corps, était forte aux origines de l’humanité mais l’ingéniosité industrieuse de notre espèce montre à présent tous les jours que les limites du corps sont obsolètes. Si nous n’avons pas encore décroché la lune, c’est uniquement parce que nous ne le désirons pas assez.

Voilà pour les environnements que nous avons fini par dominer.

Il reste que, paradoxalement, l’homme occidental ne s’est peut-être jamais senti aussi peu maître du monde dans lequel il vit

C’est peut-être que notre environnement dominant, aujourd’hui, est bien plus virtuel que celui que nous supposons au dauphin ou à l’albatros: notre environnement le plus influent, celui qui détermine plus que tout ce que nous sommes, au-delà du réel, c’est le monde raconté.

Ce qu’est le monde, nous ne le savons pas vraiment. La science, qui essaie de parler d’une voix claire, peut nous dire comment il fonctionne, de plus en plus précisément, mais jamais la science ne nous en donnera le sens.

Les artistes donnent, eux, un sens au monde, en transmettent une vision, mais ne parlent pas d’une seule voix: les artistes donnent des sens au monde, entre lesquels on ne peut choisir qu’arbitrairement.

C’est ainsi qu’au-delà même du travail des artistes, les bien-nommés média, c’est-à-dire les journalistes naturellement, mais aussi les penseurs et leur philosophie, le personnel politique et leurs directeurs de communication, les spécialistes et leur vérité, les blogueurs plus ou moins influents, les syndicalistes et les corps intermédiaires diverses et variés, les publicitaires, les supérieurs hiérarchiques et leurs opinions, les prêtres et leurs croyances, les enseignants et leur savoir, les médias, donc, et les amis, les femmes, les maris, les enfants, les parents, influencés par ces média, nous plongent quotidiennement dans un monde qui ne parvient jusqu’à nous qu’au milieu du brouhaha de la concurrence des récits qu’on en fait.

Et au milieu de tout cela, de toutes ces influences, pouvons-nous encore être autre chose qu’un petit sac nauséeux balloté par des vents contraires…

Bref: la polypolarité individuelle est notre seul salut…

Mais qu’est-ce que c’est?

C’est la capacité individuelle de choisir qui nous sommes, en adaptant nos choix aux circonstances, sans jamais se figer. Cette souplesse est inscrite au coeur du réseau neuronal de l’homme moderne mais n’est pas toujours utilisée, et parfois même est oubliée.

L’homme monopolaire est l’objet et le sujet de toute tyrannie.

L’homme polypolaire est le seul avenir de la liberté individuelle.

Face aux vents mauvais, l’homme polypolaire n’est pas celui qui s’adapte servilement comme le ferait le roseau de la fable: c’est un chêne de synthèse, fier, mais en mousse molle: une sorte de barbapapa mental, capable de comprendre toutes les formes d’esprit, même les plus contraires, au grand désespoir des fanatiques de tout bord.

En même temps, ce n’est qu’une théorie… parmi d’autres.

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