Charte de la laïcité: et mon cul, c’est de l’agneau pascal?

Le premier jour, il (Jules Ferry et ses lois de 1879-1885) libéra donc le jeudi pour laisser, aux familles désireuses de le faire, le choix de confier leurs enfants aux Églises pour l’instruction religieuse. S’installa ainsi, avec la laïcisation de l’École publique, la séparation de la culture scolaire et de l’éducation religieuse. Et il vit que cela était bon. Et ce fut ainsi.

Le deuxième jour, il (Emile Combes et ses lois de 1905) mit fin au concordat. Les deux premiers articles de la loi – qui ne prononce pas le mot de laïcité – disent l’essentiel de ce texte fondateur. « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes […] ». (article 1) et « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. […] ». (article 2). Et il vit que cela était bon. Et ce fut ainsi.

Le troisième jour, il (Michel Debré et ses lois de 1959) commença déjà à faire n’importe quoi: l’enseignement catholique peinait à recruter et le pays avait besoin d’accueillir la génération du baby-boom sur les bancs de ses écoles. Il décida donc de créer les écoles privées sous contrat avec l’état (les établissements catholiques presque exclusivement). Les effectifs ont alors augmenté comme prévu sans que la capacité d’accueil de l’enseignement public ne suive et le « trop plein » qui en avait les moyens, déborda naturellement vers l’enseignement privé, créant ainsi, de fait, un système éducatif à deux vitesses. Et là, on ne voit plus bien en quoi cela était bon… mais ce fut ainsi.

Le quatrième jour, il (Clément Durand et son Comité National d’Action Laïque en 1960) parvint à réunir plus de 10 millions de pétitionnaires, dans un pays qui n’en comptait alors que 46 (enfants, malades et cathos compris!) pour demander l’abrogation des lois Debré… sans succès, comme on sait. Le déni démocratique est flagrant mais c’est bien vite oublié. Et cela ne fut bon en rien mais ce fut ainsi.

Le cinquième jour, il (Alain Savary en 1984) porta devant le parlement l’idée d’« un grand service public, laïque et unifié de l’éducation nationale ». La droite et l’extrême droite défilèrent en choeur pour dire leur désapprobation. Une grande manifestation (850000 selon la police, 2 millions selon les organisateurs) poussa François Mitterrand à abandonner le projet. Alain Savary et Pierre Mauroy démissionnent. Certains y pensent encore, après la prière du soir, en se caressant, tellement cela était bon… et c’est ainsi.

Le sixième jour, il (?) ne se passa rien, si ce n’est l’édition d’une charte de la laïcité à faire signer à la rentrée 2015 par tous les parents sauf, exception notable et incompréhensible, ceux dont l’enfant est dans une école privée sous contrat. Pourquoi l’unité de la république n’est-elle pas ici la norme? Cette charte n’avait pourtant rien d’extrémiste puisqu’on rappelle qu’elle a été rédigée en 2007 par un observatoire de la laïcité dont les membres ont été choisis par décret par François Fillon, alors premier ministre d’un président, Nicolas Sarkosy, qui revendiquait sa préférence pour le curé plutôt que pour l’instituteur… Bref, il (?) vit que tout cela était bon et qu’il pourrait dormir tranquille le lendemain juste avant d’inventer la messe.

Quant à la laïcité pour tous, voilà maintenant plus de cinquante ans qu’elle ne parvient plus à mobiliser au delà du rituel cathartique des promesses électorales… On espère toujours un miracle.

C’est ainsi.

Plume-d'éléphant transparent

 

3 commentaires sur “Charte de la laïcité: et mon cul, c’est de l’agneau pascal?

  1. Encore un article qui égratigne nicolas! Honteux! Vous allez le laisser tranquille ce petit tout gentil. D’ailleurs il a fait un discours qui fera date… je ne sais plus quand mais il y a peu, discours où il confirmait: « je me suis calmé ». Vous voyez on peut le réélire, lui donner une seconde chance, la 1ère fois il ne l’a pas fait exprès. Il était juste trop excité et un homme excité, tout le monde le sait, ne pense plus avec sa tête.

    1. Chère Ex Libris.
      Votre exaspération indignée nous a ému. Nous réfléchirons désormais à deux fois avant d’évoquer le cas de ce martyr de la république.

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