Ad hominem: Régis Debray devient-il con?

Voici l’homme, devenu ce jour indispensable « télé-diffuseur »  d’opinions autorisées sur la notion tant débattue de laïcité: nous avons nommé Régis Debray.

Nous pensons qu’il y a une possibilité, infime peut-être, pour que, comment dire, —Régis, pardonne-nous notre offense comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé—  pour que, donc, tu sois, peut-être, en train de tourner, un peu, con.

Tu serais quand même un gars bien… mais peut-être pas seulement… un peu comme tout le monde, finalement.

On s’explique:

  • Homme engagé au service d’idéaux humanistes, au péril, parfois, de sa propre vie:  gars bien.
  • Inventeur et théoricien du foquisme et de la médiologie: gars bien.
  • Démissionnaire du jury Goncourt en novembre 2015: gars bien.
  • Défenseur public d’une laïcité « ouverte » (« ouverte » à la grandeur des religions, mais fermée, quand même, à leurs petitesses étriquées): pas gars bien.

« Ouverte », ça aura toujours l’air d’être mieux que « fermée »… Cherchez pas, c’est freudien. On peut pas lutter.

Mais quand même… Régis… Tu serais pas toi-même un peu… fermé?

Un intellectuel comme toi! Tu te souviens? Quand Sartre rameutait toute sa clique pour te sortir des prisons boliviennes, des griffes de la CIA! Comment oublier? Un esprit combattant dans un corps combattant! « L’existentialisme est un humanisme », fait homme. Ah, nom de nom de nom de dieu, c’était quand même le bon temps! Au moins, dans ce temps-là, on savait pourquoi on vivait, pourquoi on mourrait!

Aujourd’hui, c’est plus marrant pareil. Che Guevara s’est enturbanné le cerveau pendant que ça fait déjà quelques décennies que la jeunesse européenne  semble bander mou devant l’idée d’engagement politique…

Alors Régis… quand on a vécu ce que t’as vécu, c’est vrai qu’on pourrait dire des trucs comme ça, par exemple: « Si l’homme est quelque chose qui doit être dépassé, la grandeur d’un régime laïque (…) consiste à laisser à chaque individu le soin de choisir en conscience, sans pression ni soumission, ce qu’il estime devoir dépasser sa pauvre vie individuelle. »

Peut-être même que si tu trouvais l’époque un peu petite, mesquine, individualiste, tu aurais pu avoir envie de faire connaître ta nostalgie de la grandeur passée à tout le monde… au Monde du 25 janvier, plus exactement.

Ce que tu écris là a tout l’air d’être à sage distance des polémiques stériles qui sont les écueils de ce débat. C’est presque plus œcuménique que laïc… mais le diable est dans les détails.

Je répète pour moi (et je commente pour toi, mon Régis):

  • « Si l’homme est quelque chose qui doit être dépassé (moi, j’aurais plutôt dit « Si l’homme est un être vivant qui doit se dépasser »…), la grandeur (le début d’une obsession? il était pas déjà question de dépassement un peu avant?) d’un régime laïque (…) consiste à laisser à chaque individu le soin de choisir en conscience, sans pression ni soumission, ce qu’il estime devoir dépasser (mais pourquoi ki double pas, ce crétin?!?) sa pauvre vie individuelle (Là, j’ai juste envie de dire, en tant que pauvre individu: « C’t’à moi que tu causes? »). »

Bon, bin, nous y voilà, mon Régis. Ça me fait pas plus plaisir que ça de te faire la leçon, va pas croire… il le faut, pourtant…

Je me lance.

Pourquoi vouloir à tout prix que les hommes soient insatisfaits de n’être que des individus, là où une certaine sagesse, moins secrètement nostalgique des grandes heures perdues de l’idéologie, pourrait te faire regarder l’individu « modeste » comme la première pierre d’une église nouvelle, d’une église laïque, dont l’architecture, prolongeant l’élan gothique, aurait encore gagné en légèreté et en lumière, au point de disparaître?

Pourquoi, mon bon Régis, ne pas envisager comme possible et désirable un monde enfin débarrassé de ses transcendances de pacotille, politico-religieuses, un monde où réussir à  être un individu serait un projet d’une grandeur suffisante et belle, un dépassement de soi qui ne viserait qu’à rejoindre les autres à égalité?

Pourquoi, Régis mon amour, ne pas relire Rabelais, Rimbaud, Duras, et tous les autres, en même temps que le « kaddish des endeuillés »? Pourquoi ne pas écouter le Requiem de Mozart, dont la foi pourtant plus discutable n’a pas limité le génie, seulement humain, juste après ou juste avant celui de « Fauré »?

On est  trop sérieux quand on a 75 ans…

Pourquoi ne pas revendiquer le modèle de la libertaire abbaye de Thélème, où chaque individu est un foyer révolutionnaire à lui tout seul (le foquisme individuel!), où le géant Gargantua dit la véritable taille de l’individu, cette taille qui, une fois atteinte, remplace le besoin de dépassement par la sérénité d’être soi parmi les autres, pourquoi, donc, ne pas en faire le modèle du régime laïc?

La construction de l’individu est une aventure individuelle. Cette parole tautologique est la seule transcendance que l’état doit assumer.

Ça y est, mon merveilleux Régis.

J’arrête de t’engueuler.

Plume-d'éléphant transparent

 

 

 

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